2026-01-12
The Fog (r.e.)
Beatrice Deer
Figure atypique de la scène contemporaine, la chanteuse et compositrice Inuk canadienne Beatrice Deer révèle la chanson spectrale et cathartique, The Fog.
Après avoir exploré la figure des femmes marginales, des fantômes domestiques et des amours contrariées sur ses anciens albums, Beatrice Deer étend ici son territoire vers un imaginaire encore plus brumeux, bourgades rongées par la mer, populations frappées par la malchance, couples pris au piège de secrets inavoués.
The Fog illustre parfaitement l’approche de Beatrice Deer, un réalisme cru, parfois brutal, mis en scène à travers des images quasi mythologiques. « Dehors sur la toundra, un chasseur se fait capturer par un géant, raconte Béatrice Deer. Mais, il finit par tuer le colosse avec une hache. Alors qu’il s’enfuit, la femme du géant se lance à sa poursuite. Le chasseur fend le sol de son arme, puis la met au défi de boire toute l’eau de la rivière qui s’est formée entre eux. La géante se met à tout avaler jusqu’à ce qu’elle finisse par exploser, formant une brume qui envahit le lieu. »
The Fog, c’est donc une métaphore saisissante entre un frimas côtier persistant et l’aveuglement émotionnel d’une relation toxique. C’est l’histoire d’un homme qui ne parvient plus à discerner la vérité derrière une brume marine de l’Atlantique Nord, épaissie par les mensonges et la dépendance affective.
Il s’enfuit de l’autre côté de la rivière
Pour traverser, elle se met à tout boire
Si bien que bientôt, explose son corps
Ce qui créa le premier brouillard
La production de The Fog, volontairement austère, met en avant une section rythmique minimaliste, des guitares aux réverbérations profondes et une voix qui oscille entre confidence chuchotée et incantation quasi liturgique. Sur un motif de batterie ralenti, presque funèbre, la ligne de guitare semble surgir d’un port déserté.
Écrite et composée par Beatrice Deer, Marc Déry et Chris McCarron, le morceau incarne également la dimension collaborative de ce projet, où les influences respectives des trois auteurs-compositeurs se rejoignent dans un même récit hanté et mélodiquement saisissant.
Née dans le petit village de Quaqtaq, au Nunavik, Beatrice Deer est une auteure‑compositrice‑interprète Inuk et Mohawk qui s’est imposée comme l’une des voix les plus singulières du folk nordique contemporain. Basée à Montréal, elle chante en inuktitut, en anglais et en français, puis marie l’indie rock et le folk moderne à son chant de gorge inuit dans un style qu’elle a baptisé « inuindie ».
Depuis ses débuts, Beatrice Deer a sorti une série de sept albums studio. Son catalogue, qui inclut notamment My All To You (lauréat d’un Canadian Folk Music Award en 2018), puise autant dans son expérience personnelle que dans les récits et légendes transmis par les aîné·e·s. Inuit Legend pousse plus loin cette démarche en revisitant des fables de pouvoir féminin, de violence et de survie, tout en affrontant de front les traumatismes historiques du Nunavik.
Récompensée par un Canadian Folk Music Award, un Indigenous Music Award et le Summer Solstice Indigenous Music Award 2023 de l’Artiste inuite de l’année, Beatrice Deer s’illustre aussi au cinéma, sa musique pour le court métrage animé Angakusajaujuq, The Shaman’s Apprentice a remporté de nombreux prix. Il a notamment été désigné meilleur film canadien au TIFF et présélectionné pour les Oscars.
Militante infatigable pour la santé mentale et l’autonomisation des communautés, elle incarne la puissance transformatrice de la créativité et de la résilience.
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